Hommage au Professeur Gilles GUY
Il est des hommes qui ne se contentent pas d’exercer un métier. Ils bâtissent pour durer. Le patron était de ceux-là.
Formé à la grande école Rennaise de Neurochirurgie, il fit très tôt le choix d’un défi que beaucoup auraient jugé démesuré : créer de toutes pièces un service de Neurochirurgie dans une ville de province. Lorsqu’il s’installe à Angers en 1977, tout est à construire. Il ne trouvera pas un service, il le fera naître. Avec une volonté peu commune, une vision claire et une exigence de chaque instant, il édifiera une structure qui deviendra, au fil des années, une référence.
Il était un chef. Un mandarin, diront certains, tant son autorité était naturelle et incontestable. Mais cette autorité n’était jamais gratuite. Elle était portée par une passion immense pour la Neurochirurgie, par le sens des responsabilités et par une profonde idée du devoir. Son charisme imposait le respect et sa droiture inspirait confiance.
Son ambition ne s’arrêtait pas aux soins. Il voulait transmettre. Il était convaincu qu’un grand service ne repose pas sur un seul homme mais sur une équipe soudée, compétente et fidèle à des valeurs communes. Son crédo fut toujours de former lui-même les chirurgiens qui allaient l’entourer, de leur transmettre un savoir-faire autant qu’un savoir-être. Chacun de ses collaborateurs était, à sa manière, un prolongement de son enseignement.
Il croyait profondément à la force du collectif, au dialogue entre praticiens, à la confrontation des idées. Il refusait les certitudes confortables, détestait la médiocrité coupable, le manque d’autocritique et le manque d’empathie envers les patients. L’excellence technique n’avait de sens que si elle s’accompagnait d’humilité.
Son exigence était parfois redoutée. Elle était d’abord tournée vers lui-même. Il ne demandait jamais aux autres plus qu’il ne s’imposait à lui-même. Ceux qui ont été formés à son école savent combien cette rigueur a façonné leur pratique, leur caractère et leur conception de la vie en communauté.
Avec le recul, beaucoup reconnaissent que cette exigence était une marque de confiance autant qu’une leçon de vie.
Les années ont passé. Le service qu’il avait imaginé a pris corps. Une équipe soudée, compétente, animée par les mêmes valeurs de travail, de respect et d’entraide. En quittant ses fonctions, il parlait d’un service à son image, fidèle au rêve qu’il avait porté dès 1977.
Au-delà du chirurgien, nous saluons aujourd’hui un bâtisseur, un maître et un passeur. Et tant que ceux qu’il a formés continueront à soigner avec la même exigence, une part de lui continuera d’habiter les blocs opératoires, les réunions de service et les consciences de ceux qui ont eu le privilège de le connaitre.
Professeur Henri-Dominique Fournier
Professeur Philippe Menei
Service de Neurochirurgie, CHU d’Angers